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Jaquettes rugissantes

Sous les couvertures de la République de Weimar

En 1923, Béla Balázs, critique culturel et éditorialiste hongrois, écrivait: «Ceux qui possèdent légitimement une bibliothèque savent que les livres ne sont pas seulement un contenu à lire, mais qu’ils dégagent aussi leur atmosphère tangible, leur propre humeur, leur propre aura perceptible; leur typographie, leur reliure et la couverture sont leurs traits, et forment un visage qui réchauffe le cœur.»

Les mots de Balázs font écho aux pages du récent ouvrage de TASCHEN, The Book Cover in the Weimar Republic, un large et complet catalogue des jaquettes et couvertures de livre produits à Berlin entre 1919 et 1933. Berlin était alors un carrefour aussi créatif qu’elle est de nouveau aujourd’hui. Épicentre à l’apogée des Années folles, elle attirait artistes, étudiants, chanteurs et danseurs. Des écrivains anglais tels que W.H. Auden, Stephen Spender et Christopher Isherwood ont séjourné dans la ville. Des réalisateurs de cinéma abordaient des sujets controversés. Et dans le domaine du livre, les éditeurs audacieux faisaient paraître certaines des mises en page de livre les plus remarquables et les plus visionnaires de l’histoire.

Bien avant que les ordinateurs n’apportent leur aide aux maquettistes, le travail sur ces couvertures était entièrement artisanal et réalisé à la main. Les lettres étaient dessinées à main levée avant d’être coulées dans du plomb, les collages étaient réalisés avec des ciseaux et de la colle, les planches d’illustrations étaient laborieusement insérées au cours du processus d’impression déjà long et les plaques gaufrées étaient coupées avec précaution. Ce que créaient ces designers, avec ce que l’on pourrait considérer à juste titre comme des techniques relativement primaires, est tout simplement à couper le souffle. Leur travail mêle des références à des mouvements stylistiques majeurs de l’époque tels que l’expressionnisme, le réalisme, la Nouvelle Objectivité et le constructivisme à travers un art du livre unique et personnel.

Bien sûr, les jaquettes ne sont pas séparables de leur texte, des histoires qu’elles renferment et sur lesquelles elles attirent notre attention. Ainsi les couvertures de ce recueil témoignent également de l’ampleur et de la diversité intellectuelle que la culture de Weimar a favorisées, enrichies de nouveaux horizons et d’une ouverture sur tous les sujets, qu’il s’agisse des discussions autour du socialisme, de la libération des femmes et des questions concernant la jeunesse, ou encore des récits de voyage politiquement engagés et de la « question juive », ou enfin d’architecture, d’urbanisme et de cinéma.

Il suffit d’un regard sur la biographie des auteurs, éditeurs et designers des livres sous Weimar pour saisir l’incorrigible esprit de cette époque. Dès le 30 janvier 1933, de larges pans de cette culture furent bafoués et brûlés. Ses créateurs furent persécutés, bannis de leur pays ou condamnés à mort. The Book Cover in the Weimar Republic est un hommage à leur travail et un monument dédié à leur intuition de ce qui était possible dans une plus belle Allemagne, celle qui fut entre 1918 et 1933.