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Salut beau gosse!

Mario Testino retrace trente ans de beauté masculine

D’après nature

Entretien avec Mario Testino, par Patrick Kinmonth

PK: Ce livre foisonne d’hommes qui ont fait preuve d’un certain courage pour affirmer leur identité, ce qui a exigé une certaine redéfinition de la masculinité dans la sphère publique. David Bowie, Mick Jagger, Andy Warhol et même David Beckham, par exemple.
MT: David Bowie a été une figure fondamentale pour moi à l’adolescence. Au Pérou, c’était difficile d’exprimer une personnalité non conformiste dans une société très conformiste. La manière dont Bowie proposait ces nouvelles idées incroyables sur la masculinité m’a beaucoup marqué. J’ai compris qu’il fallait prendre le risque d’être soi-même, peu importe si les autres trouvent ça menaçant ou énervant. Je pense que la manière dont David Beckham appréhende son apparence et son corps, avec ses vêtements originaux et ses tatouages, a eu un énorme impact sur les choix vestimentaires des hommes, sur leur identité et l’image qu’ils veulent donner d’eux-mêmes.

PK: Bien que souvent chargées en érotisme, les photos me semblent éviter la vulgarité. J’ai l’impression que vous cultivez une sorte de distance intéressante par rapport à ça sur les photos.
MT: Bien sûr que le sexe m’intéresse! Mais je pense qu’il ne doit être qu’un des nombreux aspects d’une photo. J’aime la sensualité et un certain mystère dans la sexualité. Les images porno hard ne m’intéressent pas en tant que telles… Elles existent dans un seul but, qui n’a rien à voir avec celui de mon travail. Je suis bien plus attiré par la création d’une image qui suggère de nombreuses possibilités érotiques. Je crois que ça permet à une photo de durer. Au final je pense qu’il est plus intéressant d’exciter la curiosité que d’exciter sexuellement.

PK: Ce qui expliquerait que vous jouiez avec les genres dans vos photos d’hommes?
MT: On pourrait considérer l’ensemble de ce livre comme une sorte de dialogue avec mon appareil photo sur la curiosité et la liberté. Il y a de nombreuses sortes d’images. Il me semble que nous devrions tous être prêts à libérer notre imagination du carcan de l’ordinaire et du quotidien. C’est pourquoi Araki figure ici comme sujet d’un portrait et comme source d’inspiration. À l’instar de Mapplethorpe ou Newton, il a eu le courage d’explorer les thèmes qui font clairement partie de l’imaginaire humain. On peut le rejeter ou l’accepter, mais on doit reconnaître la qualité et la perfection dans la réalisation des images. Cela ne demande pas uniquement du courage, mais aussi énormément de travail.

PK: Il y a une autre démarche dans la sélection que vous avez opérée pour le recueil : des photos privées inédites ont le même statut que des images devenues très célèbres, par exemple les portraits de David Gandy à Capri.
MT: Le critère décisif pour le choix des photos est leur qualité intrinsèque. Il est assez intéressant que les images que j’ai créées pour une marque avec toute une équipe de collaborateurs et d’assistants puissent côtoyer celles d’un ami que j’ai prises avec un petit appareil seul à la maison. Mais tant que chaque image fait le poids, à sa façon, ça va. Une image privée et une image de commande peuvent avoir un impact similaire. Et dans un livre, elles commencent une nouvelle vie.

PK: Je sais, pour avoir travaillé avec vous, que même si ces photos paraissent spontanées, chaque détail a été minutieusement réfléchi.
MT: Chaque détail sert l’histoire que raconte la photo. On peut toujours changer le projet de départ, et je le fais souvent spontanément. Mais chaque photo est déterminée par l’apparence de la personne au moment du déclenchement. D’un côté, on pourrait vouloir que tout souligne l’idée que le modèle est très soigné. Alors tous les détails de la composition devraient le suggérer. D’un autre côté, je pourrais vouloir créer une impression de désordre, comme si on voyait quelqu’un seul dans sa chambre, comme s’il n’y avait personne d’autre. C’est donc pour cette raison que je mets au point la mise en scène et que j’organise tout avant et pendant la séance… je suis comme un scanner quand je travaille, je m’assure que tous les éléments sont sur la photo, même si ça donne l’impression que le décor était déjà tel qu’il apparaît sur le cliché final.

PK: Vous avez donc créé une sorte de réalité augmentée. Il y a des choix visuels très forts. La couleur, la composition, l’attitude, le style, tout est déterminant. Et un jeu sur le goût aussi… un jeu avec les notions de convention et de goût.
MT: Je pense que dans la mode, la beauté a besoin de mordant, et ce côté espiègle à la limite du mauvais goût est très stimulant et offre une possibilité parmi bien d’autres. Beaucoup d’attentes et d’idées conventionnelles se construisent dans nos esprits au fil des ans. Cela s’étend à ce qui relève ou non du «bon goût» ou du «viril». Nous ne devrions pas être définis par ces normes. Ce qui ne veut pas dire que je n’admire pas la tradition et l’histoire. Je les aime toutes les deux. J’adore quand le nouveau est mélangé à l’ancien, l’underground mélangé à l’élégant, superposant la culture élitiste et la culture populaire. Ça fait partie des plaisirs de la vie. J’essaie de réunir tous ces ingrédients avec une part égale de sensualité.

toutes les images © Mario Testino