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Les yeux de notre temps

Wolfgang Tillmans Q&R

Wolfgang Tillmans installing the Concorde Installation at TASCHEN headquarters, Cologne, c. 1997.
Wolfgang Tillmans installing the Concorde Installation at TASCHEN headquarters, Cologne, c. 1997.
Greifbar 61, 2017.
Greifbar 61, 2017.
Anders (Brighton Arcimboldo), 2005.
Courtesy Galerie Buchholz, Berlin, Maureen Paley, London, David Zwirner, New York
Anders (Brighton Arcimboldo), 2005.
Courtesy Galerie Buchholz, Berlin, Maureen Paley, London, David Zwirner, New York
En 1995, vous avez publié votre premier livre avec TASCHEN. Comment a débuté votre collaboration?
C’était à Cologne en 1993, lorsque la ville était le centre de la scène artistique allemande. J’ai organisé ma première exposition personnelle avec Daniel Buchholz dans l’arrière-salle d’un petit magasin d’antiquités qu’il tenait avec son père. Burkhard Riemschneider, qui était alors éditeur chez TASCHEN, a été un des premiers à acheter un des tirages exposés. Alors que nous dînions ensemble chez Daniel, j’ai demandé à Burkhard s’il pourrait envisager un livre sur mon travail. Quelques mois plus tard, il a fait venir à la galerie Angelika Muthesius, l’éditrice en chef de TASCHEN, et elle est tombée amoureuse de certaines de mes photos. Entre-temps, j’avais commencé à composer une maquette avec des photocopies couleur. À Noël 1993, elle était terminée et je l’ai apportée à Angelika et Benedikt. Certains de mes amis trouvaient très prématuré de publier un grand livre à seulement 25 ans, mais je savais que cet ouvrage devait être publié. Dieu merci, Benedikt a été du même avis!

Votre premier livre, Wolfgang Tillmans (1995), a connu un succès immédiat. Était-il dans l'esprit du temps?
Ce terme est parfois utilisé de façon péjorative, alors que c’est beau, «l’esprit du temps». Le succès de mon livre est né d’un malentendu: les gens l’ont pris comme un documentaire sur l’époque, alors qu’il était composé à parts égales de photos mises en scène et de clichés pris sur le vif. Ce qui m’intéressait, ce n’était pas tant de représenter la réalité de manière traditionnelle, mais plutôt de créer des représentations fictives de vies, de situations et d'interactions sociales potentielles, qui étaient en elles-mêmes cohérentes avec l’esprit de l’époque. Cela a donné de la force aux images - les gens s’identifiaient à elles - et leur attrait ne semble pas avoir diminué depuis.

Ensuite, vous avez réalisé trois autres livres avec TASCHEN: Burg (1998), truth study center (2005) et Neue Welt (2012). Que représentent-ils pour vous et comment reflètent-ils votre développement artistique?
Je considère mes livres avec TASCHEN comme l'équivalent des «albums» dans la musique pop. Ils rendent compte d’une évolution personnelle, sur une période plus longue. Ils ont en commun mon désir d’évoquer ce qu’on ressent en vivant ici et maintenant. Je veux que mes livres puissent être lus et investis par des personnes différentes, de différents pays, avec leurs propres yeux, et leur permettent de tisser des liens avec leur propre vie. Ces liens ne se créent peut-être pas avec toutes les photos, mais si un lecteur se dit «Je connais cette odeur» ou «J’ai une idée de ce que ça fait », alors je suis très heureux. Car c’est ce que l’art fait le mieux: créer un sentiment de solidarité entre les gens.

Vous avez expliqué ce qui relie ces livres, mais en quoi sont-ils différents ?
Le premier livre est né d’une innocence consciente, acquise en regardant la vie autour de moi: la passion de l’indépendance. Burg me raconte appréciant la liberté d’explorer des genres artistiques comme la nature morte et le paysage, tout en vivant le grand amour, la tristesse et le deuil. J’ai terminé truth study center sept ans après Burg, dans un monde très différent. Face au désordre extérieur, j’ai ressenti le désir d’ordonner mes photos par genres et par types. Mon champ d’action s’est élargi pour inclure l’architecture, ainsi que des photos abstraites faites sans appareil photo, tout en réservant une place centrale au portrait humain et au corps, y compris au corps sexuel. Sept ans de plus ont passé et j’ai publié Neue Welt, qui marquait un nouveau départ, un véritable défi pour moi. Je voulais regarder le monde sous un angle encore plus large, alors j’ai parcouru les cinq continents avec, pour la première fois, un appareil numérique. J’ai utilisé de nouvelles techniques de mise en page et j’ai entrepris de dresser un nouveau compte-rendu du monde visible en me saisissant de divers fragments glanés en chemin.

«Je considère mes livres avec TASCHEN comme l’équivalent des "albums" dans la musique pop. Ils rendent compte d’une évolution personnelle, sur une période plus longue. Ils ont en commun mon désir d’évoquer ce qu’on ressent en vivant ici et maintenant
—Wolfgang Tillmans

Les livres jouent un rôle important dans votre expression artistique. Quel sens leur donnez-vous?
Les photos ont cela de merveilleux qu‘elles s’adaptent aussi bien à l’accrochage qu’à la page imprimée. Grâce à sa portabilité et à son accessibilité, un livre - a fortiori un livre TASCHEN - peut croiser votre chemin aux moments les plus inattendus. Les livres ont une qualité tactile, on aime les toucher, et ils ont une odeur intrigante!

Pris dans leur ensemble, ces livres évoquent une ébauche de compte-rendu photographique du monde, mais il s’agit plutôt de la description /représentation/illustration d’une sensation. Quavez-vous ressenti en les retrouvant pour les actualiser en cette année 2020 si particulière?
Je voulais avant tout que chacun des livres conserve son intégrité, mais je n’ai pas hésité à les «remixer» un peu. J’ai parfois inséré des clichés du passé dans le temps présent ou confronté une nouvelle image avec certaines d’il y a 20 ans, comme le portrait de 2018 de Neneh Cherry, dont j’ai beaucoup écouté la musique en 1993. Les dernières années sont également représentées, jusqu’en 2020, ce qui fait du livre un voyage complet vers le présent.

Qu’est-ce qui vous inspire?
C’est une question difficile et je sais que c’est la raison pour laquelle vous la posez. Ce qui m’inspire, c’est de regarder les choses telles qu’elles sont et telles qu’elles apparaissent sous différents angles. D’être prêt à la surprise, sans crainte - de faire la paix avec cela. Et bien sûr, être avec les autres, amis et amoureux.

Que représente TASCHEN pour vous?
J’apprécie vraiment le respect que TASCHEN témoigne à l’histoire. Ensemble, les livres TASCHEN constituent une mémoire de l’exploration humaine et c’est très important à notre époque.

Quel est votre livre TASCHEN préféré et pourquoi?
Le livre d’Elmer Batters sur le fétichisme des pieds et des jambes m’a profondément impressionné, car c’est une illustration parfaite du principe «la forme suit la fonction». Le catalogue raisonné de Léonard de Vinci est un éternel ouvrage de référence.