Julius Shulman s’est éteint à 98 ans
Le photographe légendaire Julius Shulman, dont les photographies sont devenues emblématiques de l’architecture moderniste, s’est éteint à l’âge de 98 ans.
Julius Shulman résidait à Los Angeles depuis 1920. Depuis près de quatre-vingts ans, il travaillait à constituer une documentation sur l'architecture moderniste de la Californie du Sud et du reste du monde. Ses photos de la Case Study House n°22 (1960) de Pierre Koenig à Los Angeles et de la Kaufmann House (1947) de Richard J. Neutra à Palm Springs font partie des photographies d'architecture les plus célèbres et les plus symboliques du XXe siècle. En 1936, l'intérêt de Shulman pour la photographie se transforme en carrière lorsqu'il photographie la Kun Residence de Neutra à Los Angeles avec son Kodak Vest Pocket. Neutra admire la qualité des images du jeune Shulman et continue à lui commander des clichés. Suivent d'autres architectes majeurs de l'époque, ainsi que des centaines de journaux, magazines et éditeurs. Shulman comptait parmi ses récompenses la Médaille de la Photographie d'architecture décernée par l'Institut Américain des Architectes (1969), un prix pour l'ensemble de sa carrière remis par le Centre International de la Photographie de New York (1998), ainsi que des doctorats honorifiques de plusieurs institutions académiques. Il s’est éteint le 15 juillet 2009 et laisse derrière lui sa fille, Judy McKee, et son petit-fils, Timothy, tous deux de Santa Barbara.
"Julius Shulman a été l’un des plus grands photographes et faiseurs d’images du XXe siècle. Même à un âge canonique, il demeurait un modèle pour des générations entières d’admirateurs, de fans et d’amis. Sa porte était toujours ouverte à tous et des milliers de pèlerins du monde entier venaient lui rendre visite, pour rencontrer l’homme à l’origine de la mémoire visuelle du Modernisme. Il était à la fois généreux, bon et attentionné, et avait la mémoire aussi vive que les ordinateurs de dernière génération, se rappelant le moindre de ses voyages et la moindre de ses photos. J’aimais profondément cet homme, et j’ai eu beaucoup de chance d’avoir pu le compter parmi mes amis et parmi les artistes TASCHEN."
— Benedikt Taschen
La mémoire vivante du modernisme
C'est à l'occasion de la préparation d'un de nos ouvrages, Architecture du XXième siècle, que j'ai vu pour la première fois des photographies de Julius Shulman près d'un demi-siècle après qu'elles aient été prises. Ce livre publié au début des années 1990 devint bientôt l'un de nos titres les plus appréciés. Bien que diverses dans leur sujet, ces photographies se détachaient tellement des autres qu'il me suffisait de feuilleter ses pages pour les identifier au premier coup d’œil. L'exposition était parfaite et dans leur mise en scène spectaculaire – comme un film d'Hollywood – l'architecture tenait le premier rôle. Elle devenait un objet de désir et la projection d'un monde meilleur. De plus, certaines des meilleures photos représentaient des êtres humains "réels" Ce qui était très nouveau.
Retour à Hollywood et à 1994: j'ai alors pensé que ce photographe était vraiment quelqu'un que j'aimerais rencontrer. Julius Shulman, 84 ans à l'époque, me réserva un accueil très chaleureux et me montra ses archives qui se trouvaient à l'arrière du studio. Soudain, le thème de "vintage" acquit pour moi une nouvelle dimension, celle qu'incarnait et que magnifiait la personnalité de cet homme. Je lui ai demandé sur quoi il travaillait et il me montra un gros manuscrit: son autobiographie. Avait-il trouvé un éditeur qui convienne à un tel projet? Non? Je lui suggérai qu'il l'avait peut-être trouvé.
Un an plus tard, nous avions publié l'autobiographie de Julius qui connut un énorme succès, suivie de monographies sur Neutra, les Case Study Houses et un volume sur les maîtres oubliés de l'architecture moderne, Modernism Rediscovered. Dans le même temps, je devins aussi voisin de Julius dans les Hollywood Hills puisque sa magnifique maison d'acier construite par Soriano se trouve juste de l'autre côté des collines où j'habite. J'ai commencé à explorer systématiquement ses archives, en étudiant attentivement chaque planche-contact, photographie, diapositive et ekta, c'est-à-dire la production correspondant à plus de 6000 commandes reçues depuis 1936. Ses archives, absolument pas numérisées, se trouvaient dans un ordre parfait et il était extrêmement facile d'y trouver ce que je cherchais. Mais ce qui était encore plus intéressant pour moi fut de découvrir ce que je ne cherchais pas. Et, de son studio juste à côté, Julius pouvait à chaque instant répondre en détail à mes questions sur les bâtiments, leurs architectes, les architectes d'intérieur, les clients et même les gens présents sur les photos. Que l'image ait été prise à Palm Springs en 1945, à Tel-Aviv en 1951 ou à Puerto Vallarta en 1975, cela ne faisait aucune différence: sa mémoire était absolument extraordinaire, aussi précise qu'un énorme ordinateur.
Il me fallut près de cinq années pour arriver à la dernière photo de ses archives, Julius continuant à me fournir à chaque fois des informa-tions détaillées sur ma sélection. Non seulement j'ai eu le privilège unique de travailler sur un matériau photographique qui, pour sa plus grande partie, était en parfait état de conservation et avait conservé ses couleurs d'origine mais j'avais aussi le plaisir de recevoir des informations de première main sur chaque image. En travaillant sur ces volumes, j'avais l'impression de remonter le temps, jusqu'aux débuts du modernisme dans les années 1930. Julius étant bien sûr le capitaine Kirk. Je lui suis profondément reconnaissant pour tout ce qu'il m'a apporté et son soutien sans faille, mais avant tout pour son amitié. J'espère que ces trois volumes contribueront à apporter à de nombreux architectes et architectes d'intérieur, inconnus du grand public et travaillant dans l'ombre de leurs célèbres confrères, la reconnaissance qu'ils méritent.
Benedikt Taschen, Éditeur
(Extrait du livre Modernism Rediscovered, 3 Volumes)
Julius Shulman, Modernism Rediscovered, 3 Vols.
Julius Shulman, Modernism Rediscovered
The Shulman Portfolios No 1 - 12
Julius Shulman résidait à Los Angeles depuis 1920. Depuis près de quatre-vingts ans, il travaillait à constituer une documentation sur l'architecture moderniste de la Californie du Sud et du reste du monde. Ses photos de la Case Study House n°22 (1960) de Pierre Koenig à Los Angeles et de la Kaufmann House (1947) de Richard J. Neutra à Palm Springs font partie des photographies d'architecture les plus célèbres et les plus symboliques du XXe siècle. En 1936, l'intérêt de Shulman pour la photographie se transforme en carrière lorsqu'il photographie la Kun Residence de Neutra à Los Angeles avec son Kodak Vest Pocket. Neutra admire la qualité des images du jeune Shulman et continue à lui commander des clichés. Suivent d'autres architectes majeurs de l'époque, ainsi que des centaines de journaux, magazines et éditeurs. Shulman comptait parmi ses récompenses la Médaille de la Photographie d'architecture décernée par l'Institut Américain des Architectes (1969), un prix pour l'ensemble de sa carrière remis par le Centre International de la Photographie de New York (1998), ainsi que des doctorats honorifiques de plusieurs institutions académiques. Il s’est éteint le 15 juillet 2009 et laisse derrière lui sa fille, Judy McKee, et son petit-fils, Timothy, tous deux de Santa Barbara.
"Julius Shulman a été l’un des plus grands photographes et faiseurs d’images du XXe siècle. Même à un âge canonique, il demeurait un modèle pour des générations entières d’admirateurs, de fans et d’amis. Sa porte était toujours ouverte à tous et des milliers de pèlerins du monde entier venaient lui rendre visite, pour rencontrer l’homme à l’origine de la mémoire visuelle du Modernisme. Il était à la fois généreux, bon et attentionné, et avait la mémoire aussi vive que les ordinateurs de dernière génération, se rappelant le moindre de ses voyages et la moindre de ses photos. J’aimais profondément cet homme, et j’ai eu beaucoup de chance d’avoir pu le compter parmi mes amis et parmi les artistes TASCHEN."
— Benedikt Taschen
La mémoire vivante du modernisme
C'est à l'occasion de la préparation d'un de nos ouvrages, Architecture du XXième siècle, que j'ai vu pour la première fois des photographies de Julius Shulman près d'un demi-siècle après qu'elles aient été prises. Ce livre publié au début des années 1990 devint bientôt l'un de nos titres les plus appréciés. Bien que diverses dans leur sujet, ces photographies se détachaient tellement des autres qu'il me suffisait de feuilleter ses pages pour les identifier au premier coup d’œil. L'exposition était parfaite et dans leur mise en scène spectaculaire – comme un film d'Hollywood – l'architecture tenait le premier rôle. Elle devenait un objet de désir et la projection d'un monde meilleur. De plus, certaines des meilleures photos représentaient des êtres humains "réels" Ce qui était très nouveau.
Retour à Hollywood et à 1994: j'ai alors pensé que ce photographe était vraiment quelqu'un que j'aimerais rencontrer. Julius Shulman, 84 ans à l'époque, me réserva un accueil très chaleureux et me montra ses archives qui se trouvaient à l'arrière du studio. Soudain, le thème de "vintage" acquit pour moi une nouvelle dimension, celle qu'incarnait et que magnifiait la personnalité de cet homme. Je lui ai demandé sur quoi il travaillait et il me montra un gros manuscrit: son autobiographie. Avait-il trouvé un éditeur qui convienne à un tel projet? Non? Je lui suggérai qu'il l'avait peut-être trouvé.
Un an plus tard, nous avions publié l'autobiographie de Julius qui connut un énorme succès, suivie de monographies sur Neutra, les Case Study Houses et un volume sur les maîtres oubliés de l'architecture moderne, Modernism Rediscovered. Dans le même temps, je devins aussi voisin de Julius dans les Hollywood Hills puisque sa magnifique maison d'acier construite par Soriano se trouve juste de l'autre côté des collines où j'habite. J'ai commencé à explorer systématiquement ses archives, en étudiant attentivement chaque planche-contact, photographie, diapositive et ekta, c'est-à-dire la production correspondant à plus de 6000 commandes reçues depuis 1936. Ses archives, absolument pas numérisées, se trouvaient dans un ordre parfait et il était extrêmement facile d'y trouver ce que je cherchais. Mais ce qui était encore plus intéressant pour moi fut de découvrir ce que je ne cherchais pas. Et, de son studio juste à côté, Julius pouvait à chaque instant répondre en détail à mes questions sur les bâtiments, leurs architectes, les architectes d'intérieur, les clients et même les gens présents sur les photos. Que l'image ait été prise à Palm Springs en 1945, à Tel-Aviv en 1951 ou à Puerto Vallarta en 1975, cela ne faisait aucune différence: sa mémoire était absolument extraordinaire, aussi précise qu'un énorme ordinateur.
Il me fallut près de cinq années pour arriver à la dernière photo de ses archives, Julius continuant à me fournir à chaque fois des informa-tions détaillées sur ma sélection. Non seulement j'ai eu le privilège unique de travailler sur un matériau photographique qui, pour sa plus grande partie, était en parfait état de conservation et avait conservé ses couleurs d'origine mais j'avais aussi le plaisir de recevoir des informations de première main sur chaque image. En travaillant sur ces volumes, j'avais l'impression de remonter le temps, jusqu'aux débuts du modernisme dans les années 1930. Julius étant bien sûr le capitaine Kirk. Je lui suis profondément reconnaissant pour tout ce qu'il m'a apporté et son soutien sans faille, mais avant tout pour son amitié. J'espère que ces trois volumes contribueront à apporter à de nombreux architectes et architectes d'intérieur, inconnus du grand public et travaillant dans l'ombre de leurs célèbres confrères, la reconnaissance qu'ils méritent.
Benedikt Taschen, Éditeur
(Extrait du livre Modernism Rediscovered, 3 Volumes)
Julius Shulman, Modernism Rediscovered, 3 Vols.
Julius Shulman, Modernism Rediscovered
The Shulman Portfolios No 1 - 12
1. Julius Shulman, avec son appareil Sinar, Los Angeles, 2007. Photo © Gerard Smulevich
2. À l’occasion de la publication de Neutra: Complete Works en 2000, 64 ans après le premier cliché commandé à Shulman par l’architecte. Photo Benedikt Taschen
3. Julius Shulman dans son studio, 1998. Photo Benedikt Taschen
4. Julius Shulman rend visite à son ami éditeur et voisin, Benedikt Taschen, Los Angeles, 2005. Photo © Eric Kroll
5. Julius Shulman et Benedikt Taschen lors du lancement des 3 volumes de Modernism Rediscovered, Beverly Hills, 2007. Photo TASCHEN